Mardaye ou la douceur de vivre à Tamarin

Tous les habitués de Tamarin vous le diront, et avec beaucoup de nostalgie dans la voix : Mardaye, c’était l’âme de Tamarin, pour toujours associé au dimanche après-midi et au traditionnel sunset qui clôt le week-end. Mardaye, c’était cette minuscule boutique, à trois pas de la baie, sur la route principale. Lui, son épouse et sa fille y œuvraient, et le dimanche en particulier pour le plus grand bonheur des habitués. Mardaye préparait des gato-patate, à base de patate douce, un genre de rissole dont la pâte frite recelait des merveilles de sucre, coco et patate. Une tuerie qui vous coulait sur les doigts et vous brûlait la bouche, tant il était impossible de patienter jusqu’à un juste refroidissement. On faisait la queue sur le trottoir et gare à ceux, non-initiés, qui n’avaient pas réservé plus tôt : ils ne pouvaient que regarder, impuissants et frustrés, les malins repartir avec des sacs de papier blancs remplis à rebord. Le pire était de patienter dans l’odeur entêtante et tentatrice des gato-patate pour s’entendre dire : « Pas de réservation ? Il n’y en a plus ». Car Mardaye mettait plus d’émotions et de douceur dans ses gâteaux que dans ses relations clientèle. Mais pour les veinards repartant vers la baie avec leur précieux trésor, impossible d’attendre d’être sur la plage pour l’attaquer en douce. Ensuite, posé sur le sable, on dégustait les gato-patate qui commençaient juste à tiédir, le regard perdu vers l’horizon.

Mardaye n’a plus besoin de cuire ses gato-patate, sa notoriété lui a offert une retraite paisible et aussi douce que ses gâteaux.

Crédit photo : Philippe Online