Le ravaudeur du débarcadère

Assis face à la mer, il ne lève pas les yeux de son ouvrage. Des mètres et des mètres de filets bleus passent entre ses doigts agiles. Il refait les gestes millénaires des femmes, mais un métier d’hommes. Il ravaude les trous laissés par les coraux, ces déchirures parfois béantes qu’il faut raccommoder sous peine de voir filer ces éclairs argentés pris au piège que sont les « mulets ». C’est que la saison de la senne est courte et très surveillée. S’il est conscient que cette pratique est intrusive, dévastatrice pour le lagon, c’est aussi une pêche traditionnelle moins épuisante que les longues heures passées en mer. Alors, avec d’autres pêcheurs, installés sous les filaos qui bordent le débarcadère d’où partent tant d’espoirs, il tord des morceaux de vieux métal qui lesteront, il reprise ces filets que l’on tend entre de fragiles bâtons. Plus tard, avec la marée, ils sont plusieurs à se mettre à l’eau, qu’ils font bouillonner en la frappant avec leurs gaulettes tandis que la senne est jetée par-dessus bord. Peu à peu, le filet se referme, les mulets pris au piège frétillent. Ce soir, il y aura du monde au débarcadère.