Les cueilleuses de la mer

Serait-ce une spécificité des iles de l’océan Indien ? Toujours est-il qu’à la Réunion, à Madagascar et à Maurice, les Salines se trouvent sur la côte Ouest. Celles de Tamarin sont magnifiques, avec leurs pierres brutes noires, écrasées sous le soleil, scintillantes de mille reflets du sel à fleur d’eau. De part et d’autre, d’anciens fours à chaux, gueule béante qui ne recueille plus que les oiseaux. Dans les bassins, la tête couverte d’un large chapeau noué, des femmes ratissent la surface d’un lent mouvement. Ce sont les orpailleuses de cet or blanc, les cueilleuses de la mer. Elles accomplissent avec légèreté un geste millénaire, leurs jupes bleues se soulevant doucement au gré du vent. Sur les rebords des bassins, des paniers bleus ou en osier débordent du sel fraichement recueilli. La fleur de sel, cette première et fine couche, le nectar du sel, ira relever le plat d’un grand chef ou orner une table lointaine. C’est un métier de femmes, un métier difficile -elles sont payées au panier- mais ces femmes-là sont fortes et belles, comme savent l’être les femmes de pêcheurs.