Le banyan de Tamarin

C’est un métier aussi vieux que celui de pêcheur. Dès le matin, il est posté devant la Maison des pêcheurs, face au débarcadère, l’œil aux aguets, le regard tourné vers la mer. Marée basse, marée haute, « lahoul » (la houle), direction du vent… tout est analysé, disséqué, évalué. C’est que de ces critères dépend la pêche du jour. Et sans banyan, impossible pour les pêcheurs de voir leurs produits se retrouver sur les étals des marchés de l’île. L’homme rachète en général pratiquement tout ce que ramènent les pirogues.

Une petite foule joyeuse se presse en général au retour de la pêche. De magnifiques thons argentés sont débarqués, déjà figés dans la rigidité de la mort, leur énorme œil fixant l’horizon. La vieille balance à crochet du banyan soupèse les prises, les négociations se chuchotent par souci de discrétion. Les poissons sont sommairement vidés sur place et les plus chanceux peuvent acquérir une ou deux prises. Le reste regagne les villes et seront à la vente dès demain.0101

Pas de pêche aujourd’hui. Trop de houle, l’influence d’un cyclone du côté de Madagascar. Les pêcheurs en profitent pour préparer leurs lests pour les filets coulés. Une grande plaque de tôle rouillée est découpée, tordue, redressée. Le banyan est parmi « ses hommes ». Garder et maintenir le lien, prendre des nouvelles des enfants, rire d’une blague… Demain, les affaires reprennent pour le banyan.